• rim
      28 avril 2021 at 20 h 34 min #23396

      Bonjour,

      Nous avons un enfant de 2 ans 1/2 qui réclame des câlins et fait des bisous en permanence (pour notre grand bonheur).

      Il a besoin de caresser de toucher et d’être en contact physiquement avec les personnes qui l’entourent.

      Joie, peur, pleurs, c’est à tout moment.

      Lors des transmissions cela est raconté avec un peu d’agacement et sur le ton de la lourdeur.

      Nous lui expliquons la notion de consentement l’intimité de son corps et celui des autres.

      Nous lui expliquons qu’il peut mettre des mots (il parle comme un enfant de 4 ans /phrases complexes).

      On dirait qu’il a une grande sensibilité et ressent les choses de façon intense.

      • Savez vous comment expliquer cela ? Est ce qu’il ressent un manque de quelque chose ?
      • Quelle attitude doit-on adopter ?

      J’ai peur qu’il vive un rejet car ses camarades et les professionnelles n’aiment manifestement pas ses câlins.

      Merci pour votre réponse

    • Magali P - Educatrice Montessori 0-3 ans AMI
      28 avril 2021 at 20 h 34 min #23410

      Bonjour,

      Et merci de votre question qui nous renvoie en tant que parents  à la sempiternelle question du « trop ou pas assez » pour notre enfant … et de la place que peu prendre le regard de l’autre et/ou les attentes de l’adulte dans ce long et mystérieux  processus du développement humain. Un processus définitivement NON linéaire et un chemin d’expression des plus protéiforme.

      Vous comprendrez qu’il n’existe en définitive pas de réponse toute faite à votre question. Par contre je peux partager avec vous quelques principes clés à avoir et garder en tête dès le départ. Des principes théoriques qui en tout état de cause, n’auraient que peu d’utilité s’ils n’étaient pas enrichis d’une fine observation de  l’enfant en situation. Une observation spécifique menée au cœur des différents environnements de développement  qui l’engagent et qu’il engage (ou pas).

      Commençons donc par poser le cadre théorique sur lequel tout repose ici… La pédagogie Montessori ou « l’éducation comme une aide à la vie » vise la formation de l’Homme dans toutes ses dimensions depuis son commencement. Depuis sa conception jusqu’à ses 6 ans, Maria Montessori considère l’enfant qui se construit comme un « embryon ». Une forme de gestation longue qui englobe différentes périodes :

      • De la conception à 3 ans : 2 périodes embryonnaires

      La période prénatale: “l’embryon physique” (Aide moi à apparaître).

      Le fœtus est en construction physique et psychique, son potentiel génétique est déjà en place, mais il peut se passer beaucoup de choses pour déterminer s’il se réalisera ou non. L’utérus le protège, mais il est toujours vulnérable.

      La période postnatal: “l’embryon spirituel” (Aide moi à être moi-même).

      L’enfant se construit psychiquement au contact de son environnement (esprit, intellect, personnalité, tempérament,…). L’esprit absorbant de l’enfant œuvre de manière inconsciente (= il absorbe s’approprie et incarne ce que lui renvoie son environnement de manière inconsciente).

      Dans la première phase, l’embryon physique a besoin de l’utérus pour le protéger. Dans la deuxième phase, l’embryon spirituel a besoin d’une ambiance extérieure animée, chaleureuse, vivifiée par l’amour et riche d’aliments qui n’entravent pas son développement. Or, pour pouvoir se développer sereinement en lui-même d’abord afin de pouvoir aller sereinement vers le monde ensuite (= embrasser le monde) l’enfant entre 0 et 3 ans a d’abord et avant tout besoin de se sentir aimé  et sé-cu-ri-sé.

      • De 3 à 6 ans : « l’embryon social » (Aide moi à faire seul).

      A partir de 3 ans, l’enfant commence à construire sa socialisation. Une fois que son besoin de sécurité est satisfait, il peut alors commencer à se décentrer. L’esprit  absorbant  de l’enfant est toujours aussi actif mais il est désormais conscient. C’est la période des grandes transformations et de l’ouverture sur le monde.

      A la question est ce que j’en fais trop ou est-ce que les autres adultes en donnent trop au risque de s’en plaindre, la réponse….. c’est votre enfant qui l’a. Or la récurrence du besoin qu’il exprime semble d’elle-même répondre à ces 2 questions par la négative. En définitive il n’y a pas de temps idéal type pour un câlin… Le temps idéal c’est  d’attendre que l’enfant en question se “détache” le premier.

      A noter que le câlin est une arme redoutable contre la déprime et/ou pour la gestion du stress, même chez les adultes. De plus, il offre le bénéfice de profiter  autant à celui qui le donne sincèrement (ce qui suppose un cœur large et un minimum de disponibilité)  qu’à celui qui le reçoit.   Il est désormais prouvé  que grâce à la sécrétion des hormones bienfaisantes qu’il déclenche (endorphine, ocytocine et dopamine…), faire entre 5 et 10 minutes de câlins par jour serait un excellent complément pour la santé.  Un véritable booster d’immunité au quotidien ….  alors pourquoi s’en priver ?

      La question serait donc moins de s’interroger sur la justification circonstancielle ou non  du besoin exprimé par votre enfant que de NOUS interroger, en tant qu’adulte, sur notre rapport à nous-même et à la prise en considération de nos propres besoins. Sommes-nous encore capable aujourd’hui en tant qu’adulte de nous accorder le temps de nous vouloir humainement et simplement du bien et par prolongation sommes-nous encore capable aujourd’hui de vouloir humainement et simplement du bien à l’autre, et ce de manière tout à fait gracieuse et accessible…

      Il est vrai que notre société traverse une période assez déstabilisante qui nous impose certains points de vigilance indispensables, néanmoins un enfant reste un enfant, et l’expression des besoins de votre enfant nous renvoie au B A BA des fondamentaux de notre état d’humanité commune. Pour oser lâcher et aller de l’avant en confiance, surtout dans un environnement aussi incertain, il faut d’abord s’être senti suffisamment tenu en amont…. .

      Ce qui même masqué et mains régulièrement lavées reste tout à fait atteignable et indissociable de la pratique professionnelle pour cet âge.

      Mieux vaut accorder le temps nécessaire au soin des fondations lorsqu’un besoin aussi fondamental se manifeste , que de passer à côté au présent, au risque de contribuer au développement de comportements insécurisés  chez l’adulte, même sans l’avoir voulu. Une décompensation  qui peut s’avérer bien plus inconfortable à gérer pour l’adulte qui le subira comme pour son entourage qui n’y comprendra pas grand chose …

      Respecter le temps de l’enfant, en verbalisant tranquillement ce qui se joue sans jugement, jusqu’à ce qu’il se détache, devrait par ailleurs progressivement et naturellement réduire le nombre de sollicitations sur la durée, l’enfant se trouvant rassasié et non précipité.

      Pour autant, l’accompagnement harmonieux du développement  de l’enfant n’impose  pas de transposer en continu tout ou partie des pratiques familiales au sein de la structure qui l’accueille. Ces diversités de situations permettant à l’enfant de gagner en adaptabilité sur la durée. Pour autant, le dialogue au sein de la triade (parents, enfant, institution)  reste un incontournable si l’on veut pouvoir bâtir des solutions pérennes et englobantes autour de l’enfant. Des solutions pensées dans son intérêt et donc dans l’intérêt de tous.

      Dernier aspect, la situation sanitaire inédite que nous traversons génère  des effets anxiogènes plus ou moins importants dans le monde des adultes. Hors les enfants évoluent dans ce même environnement, ce qui peut aussi amplifier le besoin de sécurité exprimé par les plus jeunes  et/ou les plus sensibles. Ces derniers absorbent encore tout sans capacité de distinction.

      Un travail de verbalisation en parallèle peut donc s’avérer nécessaire pour mettre des mots simples sur ce qui traverse  son environnement/monde  (en partant de son environnement immédiat : famille, crèche/ école….  ) et qui le traverse par voie de conséquence, que l’on veuille l’en protéger ou non. Une démarche nécessaire, bienveillante et accessible qui prendra  bien soin de  le rassurer sur le fait qu’au milieu de tout ce tohubohu général  il y a des choses qui ne changent pas : sa place dans votre cœur, sa place dans sa famille …. Sa place en ce monde. Un monde qui  a changé, qui change, et qui changera encore, puisque le changement est permanent …. Un monde qui continue d’évoluer toujours, un monde dont  on ne maîtrise pas tout,  mais un monde qui continue de l’englober quoi qu’il arrive, un monde qui protège de TOUT votre amour.

      … Et si votre enfant est particulièrement sensible aux plaisirs du toucher pourquoi ne pas l’initier aux plaisirs de quelques doux massages ? Se sentir contenu par ses propres contours ça recentre, ça rassure et qu’est-ce-que ça détend….   Mais c’est probablement déjà fait 🙂

      Voilà, j’espère sincèrement avoir pu répondre à certaines de vos interrogations et vous encourage ( si vous souhaitez aller plus loin), à lire l’ouvrage de la pédiatre Catherine Gueguen, spécialiste importante de l’éducation bienveillante :  « Vivre Heureux avec son enfant. » … Une mine de richesses.

      Excellente continuation à toute la famille, portez-vous bien  et à bientôt !

      Magali

    • rim
      28 avril 2021 at 20 h 34 min #23413

      Merci bcp Magali pour cette réponse complète

      Je souhaitais comprendre la raison de ce besoin par crainte que je fasse quelque chose de façon maladroite

      Ma vision fe l’éducation est non pas detre dans le parfait mais dans la prise de recul et dans le changement si besoin

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